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1  L'alimentation paléolithique / Bases théoriques / Re : L'ombre de l'instincto dans les couloirs de Normale Sup le: 30 Septembre 2019, 18:36:43
Je ne me rappelais pas avoir écrit ce message.  Je le relis 8 ans plus tard alors que notre ainé vient tout juste d'intégrer Normale Sup en section mathématiques (au lieu de philosophie malheureusement   Indéci )
2  L'alimentation paléolithique / Bases théoriques / Re : Que penser de "la nécessité du feu dans la médecine traditionnelle chinoise" ? le: 30 Septembre 2019, 18:16:35
 Je n'ai pas entendu parler de " la nécessité du feu dans la médecine chinoise"  mais la nécessité du feu dans la cuisine chinoise est bien documentée. Les chinois ont ceci de particulier que leur culture (et leur langue)  les pousse à établir une relation d'équivalence entre crudivorisme et  barbarie. De fait il est amusant de constater l'extrème contraste, de ce point de vue, entre la culture chinoise et la culture japonaise, en dépit du fait que les japonais sont,  anthropologiquement parlant,  composés de peuplades originaires de Chine. 

On notera que la Chine n'a pas toujours été "anti-cru"  puisque les textes conservés  des premiers maîtres du taoïsme vantent de manière explicite les mérites d'un régime crudivore......

Ceci étant dit,  il serait stupide de jeter la médecine chinoise par dessus bord au motif qu'elle ne partage aucune prémisse avec l'instinctothérapie  ( si ce n'est une philosophie médicale empreinte de vitalisme....)
Si tout ce qui est "matériel" est aussi "énergie" ,  la conséquence logique est qu'il doit être possible de prendre le problème de la guérison par (au moins )  deux bouts différents. 
3  L'alimentation paléolithique / Ressources Internet et actualité scientifique / Re : Livres en ligne le: 30 Septembre 2019, 17:57:26
Sans l'avoir lu, tu peux aussi certainement  ajouter aussi cet ouvrage , écrit par le même auteur que celui que tu cites James C Scott

" Zomia ou l'art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d'Asie du Sud-Est" sorti en poche – 29 mai 2019

( c'est un réflexe de bibliophile que de vérifier systématiquement la biblio d'un auteur intéressant....)
4  L'alimentation paléolithique / Ressources Internet et actualité scientifique / Re : Livres en ligne le: 30 Septembre 2019, 17:42:52
Merci François .

Le livre d'Harari n'est pas passé inaperçu de la presse mainstream . On en a beaucoup entendu parler.
 
Par contre "Against the grain" est un ouvrage forcément  confidentiel, dont le titre a déjà été utilisé  il y a une dizaine d'années par un ouvrage d'un autre auteur lequel  racontait,  si je me souviens bien,  la destruction écologique du Middle West (anciennement des prairies sauvages comme chacun sait) par l'agriculture céréalière.

Il y a un jeu de mot dans le titre puisque au sens littéral " against the grain" veut dire " contre le grain / contre les céréales  " et au sens figuré " go against the grain " signifie quelque chose comme " être contre nature, aller contre le bon sens, aller à contre courant"


 
5  L'alimentation paléolithique / Instinctonutrition et instinctothérapie / Re : Wikipedia et l'instincto... le: 21 Mai 2019, 02:01:55
Bonjour François , ca fait  un bail que nous n'avons plus échangé !

Comme tu m'as fait savoir que je n'étais plus banni de ce forum, j'en profite pour t'envoyer une petite piqûre de rappel sur l'histoire de la pédophilie catholique et l' "inventeur"  du  Mordor, vu qu'en 2011 ( comme le temps passe très vite  ! ) sur ce même fil de discussion, tu ignorais de quoi il en retournait.

L'auteur du "Seigneur des Anneaux" , donc, converti à la religion catholique  par sa mère à l'âge de huit ans (1)  avait visiblement les idées  très larges sur un certain nombre de sujets (vu qu'il ne pouvait ignorer ce qui se passait dans la chambre de son fils ainé ).

http://www.lefigaro.fr/culture/le-temoignage-du-fils-aine-de-tolkien-agresse-sexuellement-par-des-collegues-de-son-pere-20190430

Ca ne m'empêchera pas d'aller voir le biopic qui sortira au cinéma le mois prochain sur Tolkien ( le père, pas le fils ainé).

(1) J.R.R. Tolkien, author of the world's best-seller The Lord of the Rings, qualifies, technically, as a "literary convert" because of his reception into the Church as an eight-year-old following his mother's conversion to the faith. It could be said, therefore, that he joins the ranks of the literary converts by creeping in through the back door or, perhaps more correctly, through the nursery door. With beguiling ambiguity he is neither a cradle Catholic nor a full-blown convert, but a charming mixture of the two - a cradle convert.
6  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Decroissance et crudivorisme le: 04 Novembre 2018, 16:54:44
A maints égards le mouvement dit de la décroissance est à la science économique ce que le paléocru est à la science de la nutrition : la révélation que  nos prétendues sciences entretiennent un fatras de  présupposés et de mythes irrationnels,  dont la fonction consiste précisément à masquer les vérités qui pourraient déranger l'ordre établi par la coutume et par le marché.  

On devrait d'ailleurs parler de mouvements de décroissance au pluriel car une ligne de fracture sépare en deux chapelles distinctes les adeptes de la simplicité volontaire : pour faire court d'une part ceux qui veulent aussi réduire la croissance démographique mondiale (les néo-malthusiens ) , et d'autre part ceux qui pensent que la surpopulation galopante est un faux problème, le vrai problème étant celui de la réforme alimentaire mondiale  et/ ou la redistribution des richesses (les néo-chrétiens)

La ligne éditoriale du mensuel La Decroissance se revendique du second courant même si le journal ne prône aucune affiliation religieuse et ne fait aucun prosélytisme. Ses adversaires la qualifie de ligne "réactionnaire" pour mieux la fustiger.  Sur toutes les grandes questions éthiques, les positions de la rédaction du mensuel sont alignées sur les positions traditionnelles de l'Eglise catholique. Les questions concernant l'éthique alimentaire ne sont abordées que sous l'angle de l'industrialisation de l'alimentation humaine et / ou animale, sans qu'on puisse distinguer la moindre originalité dans la réflexion des contributeurs réguliers au magazine :  en gros tout ce qui cède aux sirènes de la technique moderne est péché..... sauf .....la gourmandise.  

Ceux qui s'intéressent à d'autres sujets que l'alimentation trouveront matière à réflexion dans ce journal.

Ainsi dans le numéro de Novembre, une interview de Jacques Testart biologiste,  apôtre de la décroissance  et ancien directeur de recherche à l'INRA et à l'INSERM, père scientifique du premier bébé éprouvette ( rappelez vous les anciens : Amandine en  1982 ), Président d'honnneur de la Fondation Sciences Citoyennes, interview   dont le ton devrait ravir plus d'un lecteur de ce  forum :

"Il est postulé que plus de médecine et de technologie c'est plus de progrès....il est remarquable que la médecine administre de plus en plus les corps depuis la conception jusqu'à l'extinction, même là où son intervention n'est pas justifiée par un réel progrès des connaissances......L'autonomie des individus est l'ennemie du capitalisme, et l'aliénation aux artifices est son alliée"

" De plus de simples orientations sociétales se font passer pour progrès dès lors qu'elles sont institutionnalisées . Ainsi la fécondation d'une femme par un individu de passage ou par un homosexuel sont des pratiques anciennes qui ne deviennent des "progrès" que si l'Etat les reconnait et les soutient sous forme de PMA ou de GPA .....C'est donc toute une mythologie du progrès souvent renforcée par le conformisme du bien penser , qu'il faudrait ruiner "

Comme dirait l'autre :        " What else ?"




7  L'alimentation paléolithique / Ressources Internet et actualité scientifique / Chimie médicale et dissidence cachée le: 17 Septembre 2012, 22:15:46
(…) Puisque tu n’aimes pas jouer au jeu du texte dont il faut retrouver l’auteur, je te propose le jeu inverse. (…)   
8  L'alimentation paléolithique / Ressources Internet et actualité scientifique / Le syndrome Achoo - Photic sneeze reflex le: 16 Août 2012, 08:25:30
Toujours dans la rubrique Immunologie

"Looking at the Sun Can Trigger a Sneeze
For some people, bright lights mean big sneezes"

Voir l'article ici sur un phénomène peu connu, sauf des seules personnes qui sont affligés de cette bizarrerie

http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=looking-at-the-sun-can-trigger-a-sneeze


"Souffrant" de ce syndrome chaque fois que je fais de trop nombreuses  exceptions au paléocru ( c'est un indicateur que je dépasse les bornes) , on lira ici ma contribution sous le pseudo "Instincto" ( dernier message du fil de discussion)

 http://forums.futura-sciences.com/biologie/39381-soleil-eternuement-3.html






9  L'alimentation paléolithique / Ressources Internet et actualité scientifique / Immunologie et dissidence cachée le: 16 Août 2012, 08:10:40

La thèse selon laquelle  l'homme , depuis le néolithique ou de fait de  la généralisation de la cuisson, génère des milliers d'antigènes auquel son système immunitaire succombe sous des formes pathologiques  les plus diverses (théorie récupérée  par Burger pour l'intégrer à sa synthèse) représente un courant caché de l'histoire de l'immunologie depuis la création de cette  discipline.

Si donc vous êtes un scientifique patenté et que vous croyez peu ou prou à cette idée (elle reste digne d'intérêt  dans le contexte du paleodiet non crudivore), vous n'allez pas cramer votre carrière en proclamant cette théorie urbi et orbi, sauf si vous avez un côté kamikaze et  que vous n'avez aucun respect pour le conformisme.   

Il donc est rare que cette dissidence s'expose  en plein jour. L'évènement est d'autant plus significatif. 
http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=nothing-to-sneeze-at-allergies-may-be-good-for-you

N'oubliez pas de lire les commentaires  en réaction à l'article. On voit que les esprits sur cette question s'échauffent rapidement. C'est que le véritable enjeu de cette discussion dépasse très largement le champ médical : si la médecine devait se trouver contaminée par l'idée que les allergies impliquent de supprimer les aliments allergéniques, c'est une digue considérable qui viendrait à s'écrouler......
10  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Capitalisme, calvinisme, régime alimentaire, et dégénérescence du libéralisme le: 23 Avril 2012, 22:49:07
Si vous croyez que cette nouvelle renversante ne risque pas de nous arriver lorsque notre pays sera aussi exsangue que la Hongrie, c'est que vous n'avez pas compris la véritable nature du capitalisme libéral. Or donc un ancien libéral devenu conservateur dirige maintenant la Hongrie, un certain Viktor Orban, de confession calviniste.   Probablement lassés de pourchasser les alcooliques, les calvinistes s'en prennent maintenant aux mangeurs de crèpes :

"Budapest va sanctionner les diabétiques qui ne suivraient pas scrupuleusement leur régime alimentaire en leur retirant l'accès aux meilleurs traitements subventionnés. Dans le viseur de l'Union européenne pour son déficit public, la Hongrie s'astreint à réduire ses dépenses et le secteur de la santé n'est pas épargné. Un décret ministériel, publié ce lundi dans le Journal officiel, restreint ainsi l'accès des diabétiques aux médicaments les plus efficaces. Seuls les malades respectant un régime alimentaire strict se les verront proposer.
Le texte précise que les diabétiques devront se soumettre chaque trimestre à un test sanguin spécifique visant à contrôler leur consommation d'hydrates de carbone. S'ils sont pris en défaut à deux reprises dans l'année, autrement dit si leur taux de glucose a augmenté au-delà des valeurs fixées par le décret, les patients concernés se verront refuser l'accès aux médicaments les plus efficaces (insuline analogue) et devront se contenter des traitements à base d'insuline humaine moins performants et provoquant davantage d'effets secondaires.
De plus, ils devront payer plus cher pour leur traitement, dont la part subventionnée par l'État va se réduire."

Quand on sait combien il est difficile de se priver d'hydrates de carbone au quotidien (je parle pour ceux qui mangent cuits), il ne  reste plus qu'à créer une amicale internationale des "no carb dieters" afin de parrainer les futures victimes hongroises de Mr Orban
11  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Sédentarisation et apparition des inégalités sociales le: 04 Avril 2012, 22:58:25
Désolé l'article est en espagnol. Il s'agit du résultat de fouilles archéologiques en Syrie sur la période mésolithique. Les fouilles conduites par des archéologues espagnols ont été arrêtées du fait de la révolution en cours.

http://www.publico.es/ciencias/422271/en-busca-del-nacimiento-de-las-clases-privilegiadas

12  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Re : Londres, 1890, acte de naissance du lobby "anti-céréales" le: 16 Mars 2012, 15:05:46
(suite) ....Le Président de la Société et propriétaire du magazine " Vegetarian", A F Hills, Esq., en discutant le sujet dans son papier, dit que selon lui, on a atteint un niveau de crise. Que le vegetarisme est sur la sellette. Mr James Burns, un vegetarien de longue date, écrivain de premier plan et orateur, a pensé qu'il valait mieux , en réponse à de nombreux appels lui demandant de se prononcer sur la question des aliments amidonnés, commencer une série de réunions et établir un magazine de manière à susciter l'hostilité contre cette idée. La discussion est bientôt sortie du cadre du végétarisme et a été reprise par divers journaux comme le "Weekly Times and Echo" , "The English Mechanic" et d'autres publications. Parmi les plus notables figure une série d'articles dans " The Baker's record" ( trad : "l'Eveil du Boulanger"  ) un journal professionnel qui jouit d'une diffusion impressionnante, articles signés du professeur John Goodfellow, F.R.M.S., professeur d'hygiène au "Bow and Bromley Institute" etc.....dans lequel il assure ses lecteurs que la théorie anti-céréales est une erreur."   A suivre   
13  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Londres, 1890, acte de naissance du lobby "anti-céréales" le: 16 Mars 2012, 14:39:55
Ceci est la traduction partielle du premier article  paru dans le premier numéro d'une revue alternative ( comme on dirait de nos jours) de réforme alimentaire. L'originalité de cette revue est qu'elle fût historiquement  la première ( à ma connaissance , l'Allemagne n'avait pas de revue de ce genre ...) à proposer à ses lecteurs de tourner résolument le dos aux céréales, légumes secs , tubercules et autres toxiques du même tonneau, et donc à venir contredire sur leur terrain  les organisations pro végétariennes florissantes à cette époque.

Les éditeurs de la nouvelle  revue marquent leur terrain 

" .......Aujourd'hui alors que les défenseurs  de l'alimentation naturelle plaident en faveur d'essais médicaux en faveur des régimes sans céréales et sans amidon, les membres éminents de la London Vegetarian Society font tourner les rotatives à plein pour nier l'intérêt de telles expériences. Mais nous sommes optimistes et nous savons que la vérité est de notre côté; que la vérité est puissante et qu'elle prévaudra.  Il est certain que les amis de la santé ont de bonnes raisons de  se sentir encouragés. L'agitation intellectuelle est le début de la sagesse. La discussion autour du caractère nocif des aliments comme les céréales, les légumes secs et les aliments amidonnés agite le végétarisme depuis la création de la Société......"  a suivre 












































 

















14  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / Premier plaidoyer pour l'instinct médecin en langue française ? le: 04 Mars 2012, 20:58:33
Les ouvrages sur l'instinct médecin ont toujours été ecrits par des gens qui ont des comptes à régler avec la médecine de leur époque.
Celui ci, écrit par un chirurgien, obeït aux rivalités corporatistes de l'époque : c'est la vanité des médecins qui est dénoncée à travers leur refus de se rendre à l'évidence de l'instinct. Chirurgiens et médecins réglaient leurs comptes à coup de libelles. L'instinct n'est ici qu'un prétexte pour tourner les Diafoirus en ridicule

A ma connaissance c'est le premier  (et finalement un des très rares) ouvrage écrit en langue française dont le titre même renvoit au pouvoir curatif de l'instinct ( voir photo dans le corps de l'annonce).

http://cgi.ebay.fr/MEDECINE-DEVAUX-LE-MEDECIN-DE-SOI-MEME-1682-/180834073388?pt=FR_GW_Livres_BD_Revues_LivresAnciens&hash=item2a1a8cfb2c

La reliure de cette copie n'est pas d'époque (les reliures XVIIeme  sont le plus souvent parcheminées)






15  L'alimentation paléolithique / Sujets connexes / L'holocauste, manière capitaliste.......quand l'esclavage devient liberté le: 25 Février 2012, 22:58:03
Extrait d'un article du Monde du 25 Février 2012   intitulé " Les conspirateurs du tabac". Il n'y a qu'un seul point sur lequel Proctor a vraiment  tort : la cigarette n'est pas l'invention la plus meurtrière de l'humanité puisque contrairement à la cuisson, elle n'a jamais concerné la totalité des populations.  Mais bon , on lui pardonnera volontiers cette  erreur en considérant le grand intérêt de ses travaux pour porter une lumière  crue sur le côté sombre des multinationales du  tabac  .



Stanford (Etats-Unis), envoyé spécial - Si vous souhaitez rester convaincu que l'on fume parce que c'est agréable et que c'est ainsi, tournez la page. Vous avez tout à perdre à lire ce qui suit. Mais peut-être avez-vous envie de savoir pourquoi les gens fument et pourquoi il leur est aussi difficile de s'arrêter. De savoir pourquoi autant d'entre eux devraient en mourir. Et de comprendre pourquoi tout cela nous semble aussi normal. Pour cela, il faut entrer dans la salle des machines de la plus vaste entreprise d'ingénierie du consentement jamais menée à bien. C'est un endroit compliqué. C'est un enchevêtrement d'hommes et d'institutions devenus les rouages d'une subtile mécanique, capable d'infiltrer la culture et la science, de subvertir la médecine et de corrompre en masse. Et, pour vous guider dans ce dédale, Robert Proctor est la personne qu'il vous faut.
Robert Proctor, 57 ans, n'est ni un conspirationniste ni un hygiéniste acharné. Historien des sciences, professeur à la prestigieuse université Stanford (Californie), il est l'auteur de Golden Holocaust, un livre qui paraît ces jours-ci aux Etats-Unis et qui inquiète sérieusement l'industrie américaine du tabac. Au point qu'elle a eu recours à toutes les voies légales pour tenter de mettre la main sur le manuscrit avant sa publication. Sans succès.


Qu'y a-t-il dans ce pavé de 750 pages qui trouble tant des géants comme RJ Reynolds ou Philip Morris ? Il y a leurs propres mots. Leurs petits et grands secrets, puisés dans les mémos et les messages internes, dans les rapports confidentiels, dans les comptes rendus de recherche de leurs propres chimistes, de leurs propres médecins. Le fait est peu connu en France : cette précieuse et explosive documentation – les "tobacco documents" – est publique depuis la fin des années 1990. En 1998, le Master Settlement Agreement, qui clôt les poursuites engagées par 46 Etats américains contre les cigarettiers, ne comprend pas qu'un volet financier (le versement de 250 milliards de dollars – 188 milliards d'euros – échelonnés sur deux décennies), il ordonne aussi la mise dans le domaine public des secrets de l'industrie.

INFILTRATION

Des millions de documents, recouvrant plus de cinq décennies, ont ainsi été exfiltrés des quartiers généraux des grands cigarettiers et confiés à l'université de Californie à San Francisco, chargée de bâtir la Legacy Tobacco Documents Library, et de mettre sur le Net ce fabuleux corpus. Treize millions de documents, soit plus de 79 millions de pages, sont déjà numérisés. De nouveaux sont ajoutés chaque jour ou presque. C'est au prisme de ces archives que Golden Holocaust tente de raconter une histoire globale de la cigarette. Robert Proctor épluche les "tobacco documents" depuis plus de dix ans. De quoi devenir paranoïaque. Entre mille autres choses, il y a découvert que le professeur qui l'a recruté à Stanford, voilà de nombreuses années, avait secrètement émargé chez les géants du tabac. Il y a aussi compris pourquoi une de ses demandes de financement avait été refusée par la National Science Foundation (principale agence fédérale de financement de la recherche américaine) : celui qui examinait les dossiers touchait de l'argent du tabac...

Tous ceux qui ont passé du temps sur les "tobacco documents" sont peu ou prou arrivés aux mêmes conclusions. Les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en ont tiré un rapport explosif de 260 pages, publié en juillet 2000, montrant comment les cigarettiers avaient infiltré leur organisation grâce à des associations écrans ou à des scientifiques secrètement payés par eux. Le tout, bien sûr, pour entraver la mise en oeuvre de politiques de contrôle du tabac. Et lors des poursuites engagées en 1999 par l'administration Clinton, en partie fondées sur les "documents", les procureurs fédéraux ont plaidé que les manufacturiers américains du tabac ont "préparé et exécuté – et continuent à préparer et exécuter – un vaste complot depuis un demi-siècle pour tromper le public".

5,5 MILLIONS DE MORTS PAR AN

La cigarette, ce sont d'abord des chiffres. Des chiffres colossaux. Chaque année, la cigarette tue plus que le paludisme, plus que le sida, plus que la guerre, plus que le terrorisme. Et plus que la somme des quatre. Plus de cinq millions et demi de vies emportées prématurément chaque année. Cent millions de morts au XXe siècle ; sans doute un milliard pour le siècle en cours.

Réfléchir au tabac donne le vertige et la nausée. Chaque année, il se produit suffisamment de cigarettes pour emplir 24 pyramides de Khéops. Leur combustion déposera quelque 60 000 tonnes de goudron au fond de poumons humains. On peut aussi aborder la question en se demandant ce que l'homme a inventé de plus inutilement dangereux pour lui-même : rien. "La cigarette, résume Robert Proctor, est l'invention la plus meurtrière de l'histoire de l'humanité."

Il y a d'autres chiffres, d'autres calculs. "A chaque million de cigarettes fumées au cours d'une année, il y aura un mort prématuré dans les vingt-cinq ans qui suivent. C'est une loi qui est valable à peu près partout ", constate Robert Proctor. Cette macabre règle de trois a des applications inattendues. Comme celle de savoir combien de morts ont causé les mensonges des hauts cadres de "Big Tobacco".

"MAINTENIR LA CONTROVERSE VIVANTE"

Le 14 décembre 1953, les grands patrons du tabac se retrouvent discrètement à l'hôtel Plaza de New York. Quelques mois auparavant, des expériences menées sur des souris ont montré que le produit qu'ils vendent est cancérigène – ce que les médecins allemands savaient depuis les années 1920 –, et des journaux commencent à évoquer cette possibilité. Au terme de réunions avec le patron de Hill & Knowlton, conseiller en relations publiques, les géants du tabac se lancent dans une entreprise de propagande et d'instrumentalisation du doute scientifique qui retardera la prise de conscience des ravages de la cigarette. Il faut "maintenir la controverse vivante". Un cadre de Brown & Williamson l'écrit dans un célèbre mémo, découvert dans les "tobacco documents " : "Le doute est ce que nous produisons." Avec succès. Ce n'est qu'en 1964 que les autorités sanitaires américaines commenceront à communiquer clairement sur le lien entre tabac et cancer du poumon.

Dix ans de retard. "Si on décale les courbes de la consommation du tabac, c'est-à-dire si on place en 1954 le début de fléchissement constaté à partir de 1964, on voit que 8 000 milliards de cigarettes "en trop" ont été consommées aux Etats-Unis. Elles n'auraient pas été fumées si le public avait su la vérité dix ans plus tôt, explique Robert Proctor. Cela représente environ huit millions de morts dans les décennies suivantes." Les mensonges d'une demi-douzaine de capitaines d'industrie provoquant la mort de plusieurs millions de personnes ? Une fiction qui mettrait en scène une conspiration de cette ampleur serait taxée d'irréalisme ou de loufoquerie...

Tout ne commence pas en décembre 1953. D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."

"RENDRE LES FUMEURS LE PLUS ACCRO POSSIBLE"


Le succès de la cigarette repose toujours, aujourd'hui, sur le talent des chimistes de "Big Tobacco" pour rendre la fumée plus douce, plus volatile, plus pénétrante. Les fumeurs, qui connaissent cette sensation de piquante fraîcheur aux poumons, tiennent pour naturel et normal de fumer ainsi. "Avaler" la fumée, dit-on. C'est au contraire le résultat d'une chimie pointue et compliquée. Plusieurs centaines de composés - accélérateurs de combustion, ammoniac, adjuvants divers, sucres, etc. - sont ajoutés au tabac. Ils rendent la fumée moins irritante, plus inhalable. "On peut dire que la cigarette est véritablement un produit défectueux en ce sens qu'il est beaucoup plus nocif qu'il ne devrait "normalement" l'être... Il est modifié pour rendre les fumeurs le plus accro possible et cela le rend plus dangereux", explique Robert Proctor.

Parfois, ce qu'on retrouve dans les cigarettes n'a pas été ajouté par les chimistes de l'industrie, mais par les caprices de la nature. Ainsi du polonium 210. Pour des raisons non encore éclaircies, la feuille de tabac a une détestable propriété : elle fixe et concentre cet élément radioactif naturellement présent dans l'environnement à des teneurs infimes. Les "tobacco documents" montrent que, dès les années 1950, l'industrie a découvert cette vérité qui dérange. Elle ne divulguera rien. Les premières publications indépendantes sur le sujet n'interviendront qu'au milieu des années 1960...

Golden Holocaust raconte par le menu comment les cadres de l'industrie ont réagi à ce "petit souci" de qualité du produit fini. Et le luxe de détails prodigués par les "tobacco documents" fait basculer dans un univers sidérant. Dans un premier temps, les cigarettiers cherchent à se débarrasser de cet élément radioactif. Ils font mener des travaux qu'ils gardent secrets. Car les publier pourrait "réveiller un géant endormi" ("waking a sleeping giant", dans le texte), écrit un cadre de Philip Morris à son patron, en 1978, ajoutant : "Le sujet va faire du bruit et je doute qu'il faille fournir des faits."

Plusieurs solutions sont découvertes. Changer d'engrais ? Traiter les feuilles de tabac à l'aide d'un bain d'acide ? Sélectionner les feuilles les moins chargées en polonium ? Aucune de ces solutions ne sera, semble-t-il, retenue. Car résoudre ce problème ne procure pas d'"avantage commercial ", selon l'expression d'un haut cadre de RJ Reynolds, consignée dans les documents. Le passage des feuilles de tabac par un bain acide, par exemple, contraindrait à une "gestion spécifique" d'effluents radioactifs. Cela coûte de l'argent.

"UNE FORME D'ESCLAVAGE"

Surtout, redoutent les industriels, ce traitement pourrait affecter les propriétés chimiques de la nicotine, la rendant moins efficace à entretenir leur capital le plus précieux : l'addiction. Et puis, mieux vaut ne pas mettre sur la place publique ce problème, même si c'est pour annoncer l'avoir résolu. Dans les années 1980, Philip Morris ferme son laboratoire ad hoc. Surtout, ne pas réveiller le "géant endormi".

Quelque trente années plus tard, il dort toujours d'un sommeil de plomb. Combien de fumeurs savent qu'ils ont dans la poche un paquet de 20 tiges légèrement chargées de polonium 210 ? Combien savent qu'un paquet et demi par jour équivaut – selon une évaluation publiée en 1982 dans le New England Journal of Medicine – à s'exposer annuellement à une dose de rayonnement équivalente à 300 radiographies du thorax ? Combien savent que ce polonium 210 est responsable d'une fraction non négligeable des cancers contractés par les fumeurs ? Lorsqu'on sait, il y a quelque chose de tristement effarant à voir des militants antinucléaires griller une cigarette lorsqu'ils attendent, pour les intercepter, les convois d'oxyde d'uranium de l'industrie nucléaire ; eux-mêmes introduisent dans leur organisme un radioélément qui les irradiera de l'intérieur...

On mesure le succès d'une entreprise de propagande à l'aune de ce genre de paradoxe. Il y en a d'autres. Par exemple, le plaisir procuré par la cigarette. "C'est une pure fabrication de l'industrie, répond M. Proctor. C'est une différence fondamentale avec d'autres drogues comme l'alcool et le cannabis. La cigarette n'est pas une drogue récréative : elle ne procure aucune ébriété, aucune ivresse." Elle ne fait que soulager celui qui est accoutumé au tabac, elle le rend fonctionnel. "C'est écrit en toutes lettres dans les documents : fumer n'est pas comme "boire de l'alcool", c'est comme "être alcoolique", dit Robert Proctor. Parmi ceux qui aiment la bière ou le vin, seuls 3 % environ sont accros à l'alcool. Alors qu'entre 80 % et 90 % des fumeurs sont dépendants. C'est une forme d'esclavage."

PROPAGANDE


Pourtant, l'American Civil Liberties Union (ACLU) – l'équivalent de notre Ligue des droits de l'homme – a fait campagne au début des années 1990 pour la "liberté" de fumer sur le lieu de travail. Mais il est vrai que la prestigieuse ACLU venait, elle aussi, de toucher quelques centaines de milliers de dollars de l'industrie du tabac... "Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".

Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".

Créer de toutes pièces des réflexes mentaux dans la population – qui ne résistent ni à l'analyse critique ni même au simple bon sens – est la part la plus fascinante de cette histoire. C'est le fruit d'investissements lourds. Depuis des décennies, les apparitions des marques de cigarettes dans le cinéma hollywoodien sont millimétrées, à coups de millions de dollars. D'autres millions sont investis par l'industrie dans la recherche biomédicale académique : non pour trouver des remèdes aux maladies du tabac mais, très souvent, pour documenter des prédispositions génétiques à des maladies, attribuées ou non à la cigarette... "Des sommes colossales ont été injectées par le tabac dans la génétique fonctionnelle, au détriment des travaux sur les facteurs de risques environnementaux, dont le tabac, explique Robert Proctor. Cela crée ce que j'appelle un "macrobiais" dans la démarche scientifique. Cela contribue à développer l'idée que les maladies sont programmées en nous et qu'on n'y peut rien."

Infiltration de la culture, infiltration de la science. Il restait à Robert Proctor à en découdre avec sa propre discipline. "J'ai aussi cherché les rats dans ma propre maison", déclare-t-il. Une cinquantaine d'historiens – la plupart financés ou secrètement payés par les cigarettiers – ont formulé lors des procès du tabac des témoignages favorables aux industriels. Dans les "tobacco documents", les cigarettiers parlent de développer une "écurie" de savants. Seuls deux historiens américains – dont l'auteur de Golden Holocaust – ont témoigné du côté des malades.

L'histoire est un enjeu important, crucial même. "Aborder l'histoire d'une certaine façon, conclut le professeur de Stanford, comme, par exemple, dans cette étude présentant "les origines de la controverse du tabac dans l'Angleterre du XVIIe siècle", permet de normaliser un phénomène qui, regardé autrement, serait simplement intolérable." Il faut inscrire la cigarette comme une variable banale de l'Histoire longue pour occulter le caractère inédit de l'addiction de masse qui s'est développée depuis le milieu du siècle dernier.

Peser sur l'histoire et les sciences sociales pour fabriquer le consentement. Philip Morris a formalisé ce projet en 1987 sous le nom de Project Cosmic – un plan destiné à "créer un réseau extensif de scientifiques et d'historiens partout dans le monde", toujours selon les "tobacco documents ". "Il s'agissait de recruter des savants dont les travaux ou les idées pourraient contribuer à forger une "narration" favorable aux industriels", explique Robert Proctor.

Cas pratique, parmi tant d'autres. Dans les années 1990, l'historien travaillait sur un sujet original et peu défriché : les politiques de santé publique dans l'Allemagne nazie et la guerre qu'Hitler avait déclarée à la cigarette. L'un de ses articles sur le sujet fut accepté en 1997 par le Bulletin of the History of Medicine. Mais, quelques années plus tard, la revue a refusé un autre de ses articles  – cette fois sur l'industrie américaine du tabac. Lorsqu'une étude permet de nourrir un amalgame entre contrôle du tabac et totalitarisme, elle est acceptée ; lorsqu'elle dérange les industriels, elle est rejetée... Pour comprendre, dit Robert Proctor, "il suffit de regarder la composition du comité éditorial de la revue et les liens financiers de certains de ses membres avec le tabac". Les chiens de garde du Project Cosmic surveillaient les portes de la revue savante.

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