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Auteur Fil de discussion: Compte rendu de notre 1ere Marche itinérante en Espagne  (Lu 1573 fois)
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tribert
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« le: 21 Février 2012, 20:56:30 »

MARCHE-CUEILLETTE EN CATALOGNE-ARAGON

2 SEMAINES , 200 kms, SANS RESERVES ET SANS ACHATS….



Nous l’avons fait !!!!
Nous sommes partis le 10 février 2011 à quatre avec nos sacs à dos, depuis
Maella, petit bourg de l’Aragon, à 180 kms au sud-Ouest de Barcelone.
Notre but était clair : voir dans quelle mesure nous étions capables de réaliser un
nomadisme intentionnel, en nous nourrissant uniquement de ce que nous
trouverions en chemin, sans cuisson et sans reconnaissance préalable du terrain.
Nous avons choisi le biotope de la Catalogne et de l’Aragon pour cette première
expérience car notre disponibilité pour ce voyage était le mois de février, et nous
projetions que le printemps serait déjà bien avancé dans cette région.

Nos sacs étaient donc uniquement chargés de quelques vêtements pour tous les
temps, un contenant d’eau chacun d’environ 1 litre, nos tentes et duvets et
quelques bricoles que nous avions jugées nécessaires (lampe de poche, boussole,
couteau, filtre pour l’eau, pharmacie de base...)

A part notre intention de départ qui était de nous approcher des côtes, notre
intuition était notre seule guide et nous avons laissé les paysages nous mener,
sans carte. Nous avons ainsi traversé les collines en monocultures d’oliviers et
d’amandiers de l’Aragon, à la saison où les amandiers sont en fleurs…Puis en
approchant de la mer et de la Catalogne, les paysages ont changé, les oliviers et
amandiers ont cédé de la place aux orangers et autres agrumes, à un paysage
plus varié, plus vert, parfois montagneux, mais à la densité humaine plus
importante. Voici un petit panorama en images de tout ce que la nature (sauvage
et cultivée) nous a offert durant notre périple…

Nous sommes partis joyeux et légers et notre première halte a été pour casser des amandes
sous les arbres. En effet malgré les fleurs il restait encore beaucoup d’amandes sur les
branches et le sol était parfois tapissé d’amandes délicieuses. A tous les stades nous les avons
appréciées, très sèches sur les sols caillouteux, humides et transformées par différents types de
fermentations, lorsqu’à moitié recouvertes par les herbes.

A part les amandes notre base alimentaire furent les olives, tombées mûres, et toujours
disponibles tout au long du voyage. Mangées trop jeunes elles ont un goût amer très
désagréable, mais dès qu’on sait les choisir, bien noires, brillantes et fripées, elles sont très
sucrées et grasses…Mais gare au foie si on dépasse la dose…

Nous avons régulièrement trouvé dans les villages que nous traversions, des grenadiers
plantés contre les façades des maisons, portant encore quelques fruits, parfois mûrs à point,
parfois déjà secs, qui étaient bien agréables au palais.


Côté verdure, le printemps ayant démarré depuis quelques temps, nous avons trouvé une belle
diversité sur notre chemin. Au départ en Aragon se furent plutôt du fenouil sauvage, frais et
odorant, de la pimprenelle, du poireau sauvage (dont je me régalais particulièrement de la
base blanche), de la mauve, douce et abondante salade, et de la ravenelle qui parsemait les
champs, crucifère dont nous mangions les fleurs au goût de radis assez piquant.

Les protéines animales firent aussi partie de notre plage alimentaire avec (attention aux âmes
sensibles !) des oiseaux choqués par les voitures ou accidentés à cause des bourrasques de
vent qui déviaient malencontreusement leur trajectoire vers les arbres. Contre tout à priori ces
rencontres furent suffisamment fréquentes pour être notables et ont constitué des repas rares et
agréables, quand on parvient à dépasser nos barrières psychologiques culturelles.

Toujours en Aragon, nous avons suivi une ancienne voie ferrée transformée en piste cyclable
sur 80 kms. La voie se déroule entre les vallons et nous avons franchi viaduc et tunnels loin
des voitures, croisant régulièrement marcheurs et cyclistes. Les bas côtés étaient parsemés
d’amandiers mais aussi par moment d’arbousiers et c’est avec joie que nous avons pu nous
régaler d’arbouses séchées sur l’arbres, au goût sucré et acidulé. Les figuiers composaient
également le paysage végétal, et un arbre nous a offert ses fruits très secs mais bienvenus et
satisfaisants par leur apport glucidique, proche des céréales.

Sur les bords des chemins nous avons très fréquemment rencontré des touffes de blettes, dont
les semences, échappées des jardins potagers, se mélangeaient aux plantes sauvages, parfois
même très loin des villages. Le froid rend ce légume très sucré et je me suis souvent régalée
de ces cotes juteuses. Il devient aussi vite immangeable si on dépasse la dose, il prend alors un
goût savonneux et irrite la gorge et les muqueuses de la bouche.
De même les asperges poussaient en abondance et fournissent un légume exquis pour qui sait
les reconnaître parmi les broussailles.

Toujours le long de la Via Verde, nous avons trouvé notre premier caroubier, chargé de
caroubes mûres à point, vraie barre chocolatée énergétique, riche en glucides, facile à
transporter, nous en avions toujours une petite réserve dans le sac à dos.
En remerciement de ce cadeau de la nature nous avons taillé l’arbre qui portait beaucoup de
branches mortes.
Par la suite les caroubiers firent partie de notre paysage quotidien, et nous n’avons
malheureusement pas taillé tous les arbres auxquels nous avons prélevé quelques fruits !!
Juste quand une lassitude commençait à poindre son nez vis à vis des amandes, nous avons
trouvé quelques figues de barbarie, au goût fruité, qui nous ont retapé le palais. Les figuiers de
Barbarie (« raquettes ») se trouvent systématiquement aux abords des habitations, et
constituent souvent une sorte d’enceinte dissuasive autour des villages ou des fermes.

Les paysages sont devenus petit à petit plus sauvages, et montagneux. La Via Verde suivait
son parcours vers la mer et dans ce contexte plus méridional, les orangers ont commencé à
faire leur apparition. La saison des récoltes était passée et il restait encore beaucoup de fruits
oubliés au cœur des arbres, et surtout au sol, évidemment mûrs à point. Nous avons ainsi
goûté toutes sortes de variétés différentes, d’oranges, mandarines, clémentines, à maturité.
L’inconvénient majeur de ces cueillettes de résidus de culture étant bien sûr la présence de
pesticides dont on se doute que les agriculteurs locaux usent et abusent…Nous arrivions à le
percevoir au goût, et bien que plus secs car non irrigués, nous préférions les agrumes des
vergers à l’abandon.

De retour aux fruits sauvages, les petites baies nous ont également bien accompagné dans
notre expérience, et particulièrement le cynorrhodon et les baies du genévrier. Ces dernières
étaient présentes dans les biotopes les plus difficiles, secs ou encore montagneux. Sans en
manger de grosses quantités, il nous suffisait de les sucer longuement, pour saliver et recevoir
leur goût puissant et sucré à la fois.
Les amandiers ont cédé la place aux orangers dans cette région côtière de Catalogne. Le
paysage semi-urbanisé rendait le camping sauvage plus problématique. Le vent soufflait quasi
continuellement dans cette région et ralentissait parfois notre marche. Je remarquais que je
n’urinais pratiquement plus, et que j’avais besoin de boire la nuit car j’avais la bouche sèche,
surtout après avoir mangé amandes et olives. Je buvais environ 1 litre d’eau par jour.

Nous n’avons jamais manqué d’eau, à chaque fois que nos gourdes se vidaient, nous
trouvions (sans chercher) une fontaine au cœur d’un village, ou une source sauvage ou
aménagée. Nous en profitions régulièrement pour faire un peu de toilette et lessive (qui
séchait accrochée aux sacs à dos). Une seule fois nous avons été contraint d’utiliser un filtre
pour boire l’eau d’un ruisseau plus douteux .

Trouvés occasionnellement nous avons dégusté d’autres légumes sauvages et fruits mais
jamais nous n’avons été « à la recherche » de nourriture. Nous marchions à travers les
paysages de montagnes et de plaines, plus ou moins près des côtes et notre regard s’est fait de
plus en plus précis au fil du voyage. Notre perception de la nature qui nous enveloppait était
totale et elle s’est aiguisée au fil des jours. Notre œil se baladait du proche au lointain et
souvent nous cueillions sans même ralentir notre marche et grignotions toujours quelque
chose, asperge, tige de fenouil, baie…

La fraicheur hivernale de la Catalogne ne fut jamais un frein, seulement les nuits tombaient
vite et en février il est difficile de rester dehors immobile en soirée. Nous devions donc nous
réfugier sous les tentes (trop petites pour accueillir tout le groupe), et les nuits étaient très
longues même si nous avions besoin de sommeil. Des tiraillements dans les jambes me
réveillaient chaque nuit, résonance des kilomètres avalés dans la journée. Le vent fut
également une des difficultés du voyage (surtout lorsqu’il souffle face à la marche…), et
captait beaucoup d’énergie. La pluie ne s’est montrée que le dernier jour sous forme d’un petit
crachin breton.

J’ai personnellement beaucoup appris sur la synchronicité. Il n’était jamais question de
chercher avec avidité ou affolement mais au contraire les choses et évènements se
présentaient à nous de manière très naturelle. Pour illustrer cette réflexion, le dernier jour de
notre marche, j’étais un peu lasse, et j’avais du mal à me mettre en route, je me sentais lourde,
sans énergie, et je pensais que j’avais envie de quelque chose d’inhabituel pour me motiver.
Nous avions à peine fait 500 mètres que nous longions un champ où 4 gros melons de culture
en plein champ oubliés lors des récoltes (type Canari) avaient passé l’hiver dans du paillis. Ils
étaient absolument excellents, sucrés, fondants, et leur « rencontre » m’a donné toute
l’énergie dont j’avais besoin pour démarrer ma journée.

Cette expérience nous a permis de mieux connaître nos capacités de vie en autonomie dans la
nature. Celle-ci regorge de ressources que nous nous proposons de reconnaître et de de
découvrir, en utilisant le savoir de ceux qui les ont déjà répertoriées mais aussi et surtout
grâce à notre outil commun de mammifère qui est l’instinct et qui s’exprime puissamment
dans les conditions de l’itinérance cueillette. D’autres biotopes, d’autres saisons sont à
explorer, toujours en groupe, car c’est aussi un des paramètres fondamentaux de l’expérience
qui est avant tout une expérience humaine.


KATIA
« Dernière édition: 24 Février 2012, 07:30:03 par François » Journalisée
François
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« Répondre #1 le: 24 Février 2012, 07:36:36 »

Merci pour cet excellent et très intéressant compte-rendu ! Je rajoute quelques unes de vos photos.
NB : les images ne sont visibles qu'aux membres connectés avec leur pseudo et leur mot de passe.

« Dernière édition: 28 Février 2012, 13:58:28 par François » Journalisée
Amaryllis
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« Répondre #2 le: 25 Février 2016, 07:06:21 »

Vraiment intéressant.
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