PALEOCRU
07 Juillet 2020, 17:03:47 *
Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Nouvelles: Bienvenue!
 
   Accueil   Aide Rechercher Identifiez-vous Inscrivez-vous  
Pages: [1]
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: Reflexions sur l'instinct alimentaire  (Lu 6760 fois)
0 Membres et 1 Invité sur ce fil de discussion.
Bertrand Seguy
Invité
« le: 11 Octobre 2012, 22:03:46 »

Voilà presque 24 ans que j'ai ouvert pour la première fois "La guerre du cru" de G.-C. Burger et que j'essaie de trouver la faille dans les thèses exposées. 24 ans aussi que je pratique, puisque, n'ayant pas trouvé cette faille, j'ai été contraint à me lancer dans l'aventure, moi et ma famille future. Aujourd'hui, après pas mal de cogitations, il y a un point dans la théorie qui, je le pense, mérite d'être réexaminé. Il s'agit de la nature intrinsèquement innée de l'instinct alimentaire. Burger nous dit en effet que l'instinct alimentaire ne fonctionne qu'avec les "aliments originels", ceux que nous avons consommés pendant que s'est forgée notre espèce, selon le modèle de la sélection naturelle, et que l'instinct ne peut donc pas fonctionner en dehors de ce schéma. En fait j'en suis arrivé à penser au contraire, que l'instinct alimentaire ne peut pas fonctionner en totalité dans le strict cadre inné du modèle darwinien de l'évolution.

Et ceci pour plusieurs raisons :

Si l'instinct alimentaire était gouverné par nos gènes, il faudrait que ceux-ci mémorisent et transmettent de l'information concernant des millions d'espèces animales et végétales, les comestibles et les autres, puisqu'il est important et même primordial que l'on puisse éviter les espèces toxiques.

Pour chaque espèce, il faudrait mémoriser sa composition en minéraux, vitamines, acides gras essentiels, acides aminés, toxines et j'en passe, mémoriser les composés qui entrent dans sa signature olfactive, et ceci en plusieurs exemplaires pour une même espèce. En effet la tige, les feuilles, la racine, la fleur, le fruit n'ont pas la même composition ni la même odeur, et celles-ci varient en plus en fonction de la maturité. Un fruit comme l'akee par exemple, est toxique quand il n'est pas mûr.

Pour les aliments d'origine animale, c'est chaque organe mangeable séparément qu'il faut caractériser. On arrive à un ordre de grandeur d'informations quantifiées qui dépasse le milliard, et cette masse d'information devrait être transmise chez les individus de notre espèce par nos quelque malheureux 30 000 gènes, lesquels en plus ont encore bien d'autres informations à transmettre ?

En théorie cela ne serait pas rigoureusement impossible si on faisait intervenir un haut niveau de combinatoire entre les gènes mais cela rendrait totalement impossible la moindre évolution. Une mutation dans un gène qui serait bénéfique pour une fonction aurait toutes les chances d'entraîner une dégradation catastrophique dans les nombreuses autres fonctions liées à ce même gène.

Une deuxième impossibilité vient du fait que la tortue ne rattrape pas le lièvre. L'instinct alimentaire est supposé avoir été forgé et peaufiné selon le modèle variation-sélection de Darwin sur des périodes de l'ordre de grandeur du million d'années. Selon ce modèle, une mutation est conservée si elle confère à son porteur un avantage lui permettant d'augmenter ses chances de se reproduire. Un individu qui aurait acquis la capacité d'être attiré par un aliment quand son organisme en a besoin se nourrit plus efficacement, c'est un avantage certain. En y mettant le temps ce processus peut converger vers une adaptation parfaite de notre instinct à notre palette alimentaire.

Mais là où le bât blesse c'est que les aliments en question ne sont pas stables. Les espèces auxquelles ils appartiennent évoluent elles aussi. La carotte n'a aucun avantage a être déterrée et mangée. Une mutation qui la ferait changer d'odeur lui sauverait la vie puisque la carotte ne serait plus reconnue par l'instinct de ses prédateurs. Cet avantage fort se répandrait rapidement dans son espèce. En revanche, la mutation qui chez le prédateur de la carotte lui permettrait de rétablir la correspondance entre son odeur et son intérêt nutritif, ne se répandrait que beaucoup plus lentement puisque le prédateur peut se nourrir de bien d'autres aliments. L'avantage sélectif est beaucoup plus faible. Le modèle variation-sélection a donc pour conséquence de faire sortir rapidement la carotte de notre plage alimentaire alors que son retour est beaucoup plus aléatoire !

De plus, de manière très générale, nos aliments évoluent plus vite que nous, puisqu'il faut compter environ 25 à 30 ans en moyenne entre deux générations pour nous, alors que cette période est de 1 à 10 ans pour la grande majorité des espèces dont nous nous nourrissons. Le processus d'adaptation pour nous ne peut que prendre du retard et ce retard ne peut que s'amplifier au cours du temps ! Plus le temps passe, moins nous sommes adaptés à nos aliments ! 

Troisième raison, et celle-ci réside dans ce qu'on appelle "l'arrêt alliesthésique" ou "arrêt instinctif" : Toujours en vertu du modèle darwinien, celui qui ne mange pas d'un aliment dont il n'a pas besoin où qu'il a déjà consommé suffisamment possède un avantage puisqu'il évite de surcharger ses organes de la digestion. L'alliesthésie s'observe facilement avec la fraise. Elle peut passer de délicieuse à carrément âcre. Je l'ai observé très souvent avec les fraises que je cultivais. Mais pour que cet "arrêt" alliesthésique puisse résulter d'une sélection darwinienne il faut que parmi nos ancêtres ceux qui ne ressentaient pas cet arrêt aient eu une descendance moins nombreuse que ceux qui le ressentaient et il m'est bien difficile de croire que les fraises des bois aient pu se trouver en abondance telle que certains de nos ancêtres aient pu s'en surcharger au point que leur descendance s'en soit trouvée réduite !

Quatrième raison : l'instinct est supposé fonctionner avec tous les aliments que l'on rencontre aujourd'hui, pour peu qu'ils n'aient pas été transformés. Mais beaucoup de ces aliments ont été totalement inconnus de nos ancêtres. Par exemple la tomate vient du continent américain et mes ancêtres n'y ont pas goûté avant Christophe Colomb. De même les grands poissons tels que le thon ou l'espadon n'ont été accessibles que depuis que l'homme a pu maîtriser la technique permettant de construire des bateaux et du matériel de pêche assez sophistiqués. Pourtant on observe sur ces aliments les "appels" et les "arrêts" alliesthésiques alors qu'il faut bien admettre que la sélection naturelle n'a pas eu le temps nécessaire pour faire son oeuvre.

Donc les gènes n'expliquent pas l'instinct alimentaire ou du moins pas entièrement, et il faut bien trouver une autre explication qui permette une adaptation bien plus rapide et plus ouverte que ce que la seule sélection naturelle peut fournir. Après lecture de quelques-uns des ouvrages dont Gérard nous a recommandé la lecture, je pense comme lui qu'il faut aller chercher du côté des systèmes complexes. Depuis Claude Bernard on connait le système homéostatique dont la fonction est de réguler l'ensemble des paramètres physico-chimiques de l'organisme qui doivent rester relativement constants (glycémie, température, taux de minéraux dans le sang, etc.). Il faut bien admettre que parmi ces paramètres beaucoup dépendent de l'alimentation et donc que la régulation de la prise alimentaire fait partie intégrante de ce système. Plutôt que de parler "d'instinct alimentaire" il faudrait parler de système de régulation de la prise alimentaire (SRPA), système qui ferait partie intégrante du système homéostatique de Claude Bernard.

Par exemple, lorsque le taux de sucre dans le sang diminue, le système homéostatique réagit en produisant du glucagon qui provoque la libération du glucose stocké dans les cellules.  Le système provoque aussi l'apparition de la faim et donc agit sur la prise alimentaire. De même, on peut penser que si un minéral, par exemple calcium ou potassium vient à manquer, le système devrait faire en sorte que l'individu soit attiré plus particulièrement par les aliments qui en contiennent. Comment ceci pourrait être possible ?

Je propose une hypothèse : De même que le système immunitaire est doté d'une mémoire, on peut imaginer que le SRPA en dispose également. Lorsqu'un individu a été confronté un jour à une diminution du calcium ou potassium et que suite à l'absorption d'un aliment, le taux a évolué vers un retour à l'équilibre, le SRPA a pu faire le lien entre le rétablissement du taux de calcium ou potassium et cet aliment. Lorsque la diminution survient à nouveau, le SRPA réagit en rendant cet aliment attirant, son odeur devient agréable et forte, entre autres.

Ce mécanisme me paraît bien plus plausible que l'explication par les gènes. Il est à la portée de nos quelque 100 milliards de neurones.

Examinons tout de suite une objection :

A la naissance les animaux savent d'instinct trouver les aliments qui leur conviennent. Le chat trouve l'herbe à chat sans en avoir fait l'expérience au préalable.

Chez les mammifères on peut imaginer que le SRPA est à l'œuvre avant la naissance in utero, tout comme le système immunitaire qui a la capacité de fabriquer les mêmes anticorps que la mère. Lorsque la maman mange une banane et que l'embryon reçoit par la suite une augmentation du taux de potassium dans le sang qui provient du placenta et que, en parallèle, un peu des molécules responsables du goût et le l'odeur de la banane arrivent dans le liquide amniotique, la liaison pourrait être établie et mémorisée par le SRPA du bébé.

Pour les non vivipares, l'apprentissage peut se faire différemment. J'ai récemment observé une poule avec ses tout petits poussins juste éclos qui étaient venus visiter mon jardin. Je leur ai jeté quelques graines à germer que j'avais sous la main. Les petits dédaignaient complétement les graines, aucun instinct ne leur enjoignait de s'y intéresser. Seule la mère picoraient les grains en les rejetant aussitôt et ce n'est que celles-ci que les petits se disputaient. Ils ont ainsi pu bénéficier d'une pré-sélection pour pouvoir construire et alimenter la mémoire de leur SRPA bien plus efficacement que par un simple mécanisme essai-erreur.

D'autres observations trouvent également une explication. Par exemple ma fille, née instincto, à environ huit mois avait perdu tout appétit. C'est une de rares fois où nous avons dû faire appel à un docteur. Le problème venait d'une herbe sèche plantée dans la gorge, nous l'avions auparavant assise dans le jardin, et elle y avait dû y goûter l'herbe. Longtemps je n'avais pas compris pourquoi son instinct ne l'en avait pas empêchée, puisque l'herbe n'est pas digérée par nos estomacs.

En fait, d'une manière générale j'ai remarqué chez mes trois enfants, tous nés instinctos, qu'ils portaient systématiquement à la bouche tout ce qui leur tombait sous la main. A la plage, c'est des poignées de sable qu'ils ont absorbées. Pas longtemps. Juste le temps pour leur SRPA de mémoriser que le sable n'a aucun intérêt alimentaire.

J'ai observé également que les petits chiots et les petits chatons mordillaient systématiquement tout ce qui était à leur portée, le temps pour leur SRPA de construire la mémoire de ce qui est comestible.

Cela explique aussi pourquoi les enfants pouvaient s'intoxiquer avec des produits ménagers avant que ceux-ci soient protégés par des bouchons sécurisés, alors que leur odeur ne ressemble pas du tout à quelque chose vers lequel leur instinct devrait les guider.

Je me suis aussi longtemps demandé pourquoi le durian sentait aussi mauvais avant que j'en eut mangé pour la première fois. Si je m'étais trouvé seul dans une forêt avec des durians, jamais je n'aurais été attiré par quelque chose qui dégage une odeur aussi détestable. La première fois je n'ai pu en avaler qu'un bouchée, je l'ai trouvé très écœurant. Progressivement j'ai pu augmenter les quantités. J'ai eu la même réaction d'écœurement avec le poisson cru les premières fois que j'en ai mangé. J'ai même été jusqu'à le vomir trois ou quatre fois. Tout s'explique si l'on considère que l'écœurement est la réaction normale du SRPA lorsqu'il est confronté pour la première fois à un nouvel aliment, dans le but d'éloigner le danger d'intoxication. Si la quantité ingérée dépasse un certain seuil, par sécurité, c'est le vomissement.

Un ami instincto qui élevait des moutons m'avait dit un jour qu'il avait eu des problèmes avec certains arbustes dont les baies étaient toxiques pour ses moutons. Là encore la théorie de l'instinct alimentaire était prise en défaut. Pourquoi leur instinct ne les a pas protégés contre ces baies toxiques pourtant tout à fait originelles. Avec le modèle du SRPA une explication serait la suivante : les moutons qui provenaient d'un autre élevage n'avaient jamais été confrontés à cette baie toxique et leur SRPA ne contenait aucune information sur la toxicité de ces baies. C'est le changement rapide d'environnement qui est à l'origine du problème. Imaginons la même population de moutons avant le néolithique. En se déplaçant elle a pu être confrontée à un changement d'environnement avec de nouvelles espèces potentiellement toxiques. La différence, c'est que cette fois-ci, le changement d'environnement est progressif, les premiers arbustes toxiques inconnus rencontrés ne poussent pas dans leurs conditions optimales mais sont au contraire à la limite de leur zone de survie. Ils sont rares et chétifs, ils offrent peu à manger à nos moutons. Leur SRPA pourra mémoriser la toxicité de la nouvelle plante à partir des quantités réduites ingérées sans risquer l'intoxication.

Examinons maintenant une conséquence du modèle SRPA : Si l'on admet qu'il existe bien une composante d'apprentissage, on peut penser qu'il devrait aussi fonctionner avec les aliments transformés et même avec les aliments cuits.

Il y a au moins deux bonnes raisons pour continuer à exclure le cuit : On sait depuis Maillard que la cuisson engendre quantité de molécules, souvent toxiques, qui n'existent pas dans le cadre d'une alimentation crue, et si le SRPA est doué d'une capacité d'apprentissage, il n'en garde pas moins une très importante composante innée résultant du modèle variation-sélection. De ce fait, il s'est mis au point pour fonctionner avec les classes de molécules auxquelles il a été confronté pendant son évolution et il ne serait pas étonnant que l'effet de certaines molécules nouvelles échappent totalement à son contrôle. D'autre part, il est facile d'imaginer que le fonctionnement même du SRPA soit grandement perturbé par les molécules issues de la cuisson, au même titre que le sont les autres fonctions de l'organisme.

En ce qui concerne la transformation des aliments, on comprend facilement que le mélange est toujours à éviter. Plus le nombre de nutriments différents dans un aliment est important, moins le SRPA pourra sélectionner finement ceux dont l'organisme a besoin. En revanche si je voyais quelqu'un se régaler avec de l'huile d'olive pure, je n'aurais aucune objection à lui opposer.

Une autre conséquence sur la pratique instincto concerne l'introduction de nouveaux aliments comme le poisson ou la viande crue sur lesquels "bloquent" fréquemment les débutants. En se contentant de sentir un nouvel aliment, on ne permet pas au SRPA de faire la connexion entre l'odeur de cet aliment et ses qualités nutritives. Il conviendrait plutôt d'ingérer le nouvel aliment en petite quantité, à jeun, et sans rien manger d'autre pendant deux heures, le temps pour le SRPA d'observer et de mémoriser l'effet de cet aliment sur l'équilibre homéostatique.

Bertrand
Journalisée
Serge Falmagne
Newbie
*

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 8


Voir le profil
« Répondre #1 le: 13 Octobre 2012, 09:40:07 »

Excellent et fondamental,

Tu proposes un système surtout acquis contre un système inné. Pour s'assurer une survie et une adaptation, l'évolution naturelle aurait favorisé un système dynamique contre un système statique, ce dernier figé devenant obsolète dans les cas imprévus au départ. Ta proposition rejoint la méthodologie qui consiste à apprendre à apprendre. Hors l'instruction permanente est bien la meilleure manière de fonctionner. S'assoir sur ses lauriers, c'est reculer.
Journalisée
Micelte
Newbie
*

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 1



Voir le profil
« Répondre #2 le: 13 Octobre 2012, 23:07:46 »

Oui, merci pour ce post. Ces reflexions proposent un systeme d'adaptation reposant plus sur l'intuition (acquise) que l'instinct (transmis par les genes d'une espece), et cela a beaucoup de sens. Je n'ai jamais vraiment apprecie le fait que GCB ait toujours denigre totalement l'intuition. Cela ne remet pas en cause pour autant les conclusions de GCB: le regime instincto est toujours valide!
Journalisée
Serge Falmagne
Newbie
*

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 8


Voir le profil
« Répondre #3 le: 15 Octobre 2012, 20:23:58 »

Bonjour Gérard,
Dès la parution de ton long post dans ce fil, je l'ai référencé dans le forum de Guy-Claude Burger. Une discussion s'y est engagée sur l'hypothèse du SRPA. Elle restera stérile si tu n'amènes pas tes lumières sur le SRPA. Voudrais-tu te rendre sur ce forum à cette adresse
(http://instinctotherapie.ning.com/forum/topics/locavorisme-et-instincto-gare-aux-id-ologies?commentId=4672164%3AComment%3A30101&xg_source=msg_com_forum)
ou préfères-tu continuer cette discussion ici ? Si une de ces deux propositions t'agrée et si c'est la deuxième, j'effectuerai d'abord un copié-collé ici de ce qui a déjà été dit.
Meilleures salutations.
Journalisée
Bertrand Seguy
Invité
« Répondre #4 le: 16 Octobre 2012, 18:18:10 »

Bonjour Serge,

merci pour ces informations. J'ai jeté un coup d'œil au forum en question et je vais prochainement voir ça de plus près et faire une réponse à Guy-Claude ici-même.

Petite précision, je ne suis pas Gérard, mais Bertrand.



Journalisée
Serge Falmagne
Newbie
*

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 8


Voir le profil
« Répondre #5 le: 19 Octobre 2012, 21:05:39 »

Voici la discussion qui a eu lieu sur le forum de Guy-Claude Burger sur la question du SRPA. (Avec l'autorisation des divers intervenants)

Serge Falmagne a écrit le 13 octobre 2012 à 10:45 :
"Le système de sélection des aliments ne serait pas inné (instinct alimentaire) mais acquis : voir absolument le post de Bertrand dans Paleocru."

*******
Réponse de  Guy-Claude Burger :

Attention : ne confondez pas inné et génétique. L'article que vous indiquez plaide contre une programmation génétique de la régulation alimentaire, et non contre son innéité.

De plus, l'auteur raisonne comme si la théorie instincto excluait tout apprentissage. Or, on sait depuis longtemps (Lorenz, Tinberghen) que l'inné et l'acquis ne font qu'un. C'est d'ailleurs ce qui permet aux structures génétiques de programmer des comportements complexes et adaptés à l'environnement spécifique. La génétique programme les grandes lignes de nombreux comportements, comme on peut le voir chez les animaux qui viennent de naître par exemple et aussi chez les bébés humains, mais l'apprentissage permet de les élaborer et de les diversifier en fonction de l'environnement. Cette adaptation de l'inné à travers l'acquis connaît pourtant des limites, qui semblent elles aussi manifestement héréditaires.

Je cite souvent l'expérience du poussin qui picorait de naissance à côté de la graine : il a été impossible de le rééduquer et il ne s'est pas rééduqué lui-même en trois mois d'apprentissage. Il y a bel et bien des structures de base inamovibles, donc manifestement programmées génétiquement (on ne voit pas comment l'ajustement du picorage chez le poussin pourrait s'acquérir dans l'utérus, donc il faut dire génétique plutôt qu'inné dans un cas comme celui-ci).

Il manque d'ailleurs à l'auteur de l'article une expérience suffisante pour procéder à des recoupements susceptibles de corroborer ses déductions. Il est toujours scabreux de déduire un grand panache théorique à partir d'observations isolées et de grands principes, mais cela peut conduire à affirmer n'importe quoi.

Si la régulation alimentaire était acquise par apprentissage, on devrait alors obtenir par exemple avec du lait cru dans le choix alimentaire une aussi bonne régulation que sans le lait. Or, l'expérience montre que la présence du lait peut conduire à des proliférations bactériennes graves. Même que l'organisme a eu auparavant des années pour adapter sa capacité de régulation et d'assimilation, à travers une consommation quotidienne de lait cru. L'hypothèse que j'ai proposée consiste à dire que le lait animal ne fait pas partie de la plage alimentaire primitive à laquelle les primates ont eu le temps de s'adapter génétiquement (mais j'entends par génétique inné + acquis).

On peut aussi prendre l'exemple de la salade assaisonnée : lorsqu'on consomme la salade seule, et que le goût vire au négatif, si l'on rajoute de l'huile, on peut encore en manger de grandes quantités, le changement alliesthésique survient beaucoup plus tard et plus flou, s'il n'a pas complètement disparu, et l'on constate une surcharge digestive. La chose s'observe chez des personnes qui ont consommé de la salade assaisonnée pendant des décades. Aucun apprentissage précis ne s'est mis en place. Là encore, l'hypothèse d'une programmation innée ou génétique est confirmée.

Autre fait qui cautionne cette hypothèse : les bébés nés de mères qui pratiquent l'alimentation cuite sont tout de suite capables de régulation précise avec des aliments originels que leurs mères n'ont jamais consommés. Ils n'ont pas fait l'apprentissage de ces aliments dans l'utérus. Il faut bien admettre que les mécanismes de régulation sont déterminés génétiquement (quitte à s'affiner par apprentissage, mais en fait, la régulation est excellente dès le premier repas, et même avant la première tétée, au point que les selles du bébé sont parfaitement inodores, comme chez l'animal sauvage).

Même avec le durian, contrairement à ce qu'aurait constaté l'auteur du texte cité, les bébés de mères qui n'en ont jamais consommé sont souvent attirés par son odeur avant de l'avoir jamais goûté, au point de se mettre à pleurer dans leur berceau jusqu'à ce qu'on leur en apporte (et ne s'arrêtent pas de pleurer si on leur apporte alors d'autres aliments). Là encore, aucun apprentissage (ni intra ni extra-utérin) ne permet d'expliquer cette puissante attraction, ainsi que l'arrêt net qu'ils manifestent déjà à la première prise. Difficile d'expliquer ces comportements autrement que par une programmation génétique.

Il y a encore bien d'autres éléments d'observation qui donnent à penser que la régulation alimentaire est programmée pour les aliments originels : le meilleur critère est celui de la tendance inflammatoire, qui s'emballe pour de très légères surcharges. Elle permet de démontrer qu'il suffit de très petites modifications des aliments par rapport à l'état brut pour mettre la régulation alimentaire en défaut, par exemple de râper des pommes, d'extraire le jus d'un fruit, etc. Immédiatement (dans les heures qui suivent) on observe une relance des rougeurs et des oedèmes autour des blessures, de tumeurs cancéreuses, etc. A l'inverse, la régulation de la tendance inflammatoire se normalise en environ trois jours d'instincto. Ces observations contredisent encore une fois la thèse de l'apprentissage.

J'ai parfois l'impression que l'hypothèse de la programmation génétique dérange, peut-être parce que la complexité des mécanismes biologiques et de leur régulation semble dépasser les possibilités de 30000 gènes. Il est d'ailleurs possible que des mécanismes plus complexes soient à l’œuvre. Mais cela ne change rien aux faits : la régulation est précise avec les aliments laissés sous forme brute, et se détériore dès qu'on modifie la présentation des aliments. Donc ni la génétique, ni l'apprentissage ne permettent d'assurer ou d'ajuster les mécanismes de régulation aux propriétés des aliments modifiés. Les personnes qui commencent à broyer leurs aliments, à faire des jus, à mélanger, etc. se retrouvent vite comme emportées dans un cercle vicieux : les aliments bruts perdent leur attirance, exactement comme lorsqu'on se force à avaler des aliments bruts au-delà du virage alliesthésique. Il faut ensuite plusieurs jours sans aliments modifiés, et sans dépassement de l'arrêt alliesthésique, pour retrouver à la fois un équilibre satisfaisant, et les niveaux gustatifs normaux, comme s'il fallait remonter une pente ardue.

Une question si vous permettez : avez-vous fait maintenant l'expérience d'une instincto bien pratiquée, et notamment des "phases lumineuses" ? Je vous conseille vivement de la faire pour avoir un recul personnel suffisant.

Bien cordialement

gcb

*******
Réponse de LEMOEL YANN :

Quelle satisfaction, de ne m'être pas trompé sur la formidable clairvoyance de GCB!

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Je n'ai pas vraiment le temps, ni le goût, de réfuter point par point ce texte, mais j'ai globalement l'impression que l'auteur cherche strictement à renommer le concept d'instinct alimentaire dans le contexte des limites de la connaissance scientifique actuelle. Autrement dit, au lieu de rendre le mental à l'évidence de l'instinct, il cherche à discréditer l'instinct à l'évidence du mental.

Qu'il existe un système de régulation de la prise alimentaire (SRPA) est une évidence, puisque même les aliments dénaturés alimentent, et le fait qu'on en redemande, malgré tous les problèmes générés, semblent soutenir l'existence d'une mémoire de l'aliment qui est venu combler un certain besoin spécifique.

Son introduction démontre, plus que tout autre argument, son malaise : "...j'essaie de trouver la faille dans les thèses exposées. 24 ans aussi que je pratique, puisque, n'ayant pas trouvé cette faille, j'ai été contraint à me lancer dans l'aventure...". Ses motifs et son malaise semblent donc autre que ce dont il nous fait strictement part. Je pense personnellement qu'il cherche une porte de sortie élégante à ce qu'il perçoit encore après 24 ans comme une contrainte...

*******
Réponse de Jacques Laurin le 13 octobre 2012 à 18:07

Si je comprends bien, le SRPA, c'est un système de pilotage automatique. Mais derrière ce système, il y aurait un pilote ; dans un environnement originel, les deux se confondent ; mais dans un environnement dénaturé, il faut revenir au pilote...

*******
Réponse de LEMOEL YANN :

Jacques, j'envie votre capacité à réagir de façon rhétorique, ce que je récuse pourtant, et sans doute, du fait de mes lacunes intellectuelles, la peur de me fourvoyer dans une jouissance mentale, mais bien tiède, face celle bien animale, spirituelle ou méta!
Force est de reconnaître, que ces admirables rhéteurs ont, au moins le mérite de révéler des gens comme vous, qui, à votre tour, apaise ma frustration, de ne pouvoir être à la hauteur de ces brillants avocats du diable.

La démonstration de Pascal

« Vous avez deux choses à perdre?: le vrai et le bien, et deux choses à engager?: votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir?: l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude?? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas?: si vous gagnez, vous gagnez tout?; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. »
Blaise Pascal

De là découle le postulat de GCB

S'il veut bien, pour la nième fois, le rappeler à certains?

*******
Réponse de François :

Guy-Claude et Jacques, puisque vous êtes tous deux membres de Paléocru, ce serait sympa de répondre à Bertrand (l'auteur du texte en question, qui n'est d'ailleurs pas un article mais un "post") dans le fil qu'il a ouvert, de façon à ce que la discussion puisse avoir lieu en sa présence. http://paleocru.rawpaleodietforum.com/forum/index.php/topic,139.msg575/topicseen.html#msg575

Le forum Paléocru est actuellement long à charger, mais la situation devrait s'améliorer bientôt.

Cordialement,

François

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Je ne réponds pas parce que j'ai senti le leurre, l'entourloupette, dès le départ. Maintenant que je relis, je suis certain que ce type ne sait pas de quoi il parle. Aucun instincto digne de ce nom, encore moins avec 24 années de pratique, ne pourrait écrire ceci : " Je me suis aussi longtemps demandé pourquoi le durian sentait aussi mauvais avant que j'en eut mangé pour la première fois. Si je m'étais trouvé seul dans une forêt avec des durians, jamais je n'aurais été attiré par quelque chose qui dégage une odeur aussi détestable. La première fois je n'ai pu en avaler qu'un bouchée, je l'ai trouvé très écœurant."

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Tu connais ce Bertrand, François ?

*******
Réponse de François :

Oui, enfin pas de visu, mais c'est un gars sérieux qui a écrit depuis très longtemps sur http://fr.groups.yahoo.com/group/Ecologie-Alimentaire/ de Dominique Guyaux et qui pratique effectivement l'instincto en famille comme il le dit. Chacun est différent et peut avoir une réaction différente à sa première rencontre avec un durian, même si la phrase que tu cites un un un peu étonnante, en effet.

*******
Réponse de Guy-Claude Burger :

Bonjour François,

Comme j'ai peu de temps en ce moment, la meilleure solution serait de renvoyer à ma réponse ci-dessus par un lien dans Paléocru.

*******
Réponse de Serge Falmagne :

Bonjour Jacques,

Connecter l'accoutumance aux drogues au SRPA me semble relever de la mauvaise foi.

*******
Réponse de Serge Falmagne :

Bonjour Guy-Claude,

GCB : "Une question si vous permettez : avez-vous fait maintenant l'expérience d'une instincto bien pratiquée ?"

Non.


GCB : "Chez des personnes qui ont consommé de la salade assaisonnée pendant des décades, aucun apprentissage précis ne s'est mis en place."

Le SRPA serait une intelligence acquise, c-à-d la mémorisation de l'odeur absolue d'un aliment, ses avantages et inconvénients.

Lorsque vous utilisez les aliments aberrants (salade assaisonnée) pour mettre à mal le SRPA (système de régulation de la prise alimentaire), vous sortez du domaine utilisable pour l'argumentation. Une voiture est prévue pour fonctionner avec de l'essence ou du mazout. Bien. Si vous mettez des boulons dans le réservoir, le moteur ne va pas fonctionner. C'est gros et sot ces boulons, mais trouver un sandwich jambon-fromage pendu à un arbre ou poussé de terre parmi d'autres champignons est du même ordre : cela n'existe pas dans la nature. La programmation génétique aux aliments tropicaux ou le "SRPA" sont des systèmes de régulation fine qui fonctionnent en temps réel (quelques secondes) : un système complexe au possible, un dialogue entre deux entités naturelles (vivantes ou mortes) mais jamais avec une entité artificielle.

Si le caractère aberrant de l'aliment artificiel n'est pas argument valable pour la logique scientifique, l'expérience de l'absence de toute forme de régulation avec l'aliment artificiel devra suffire comme preuve, bien qu'inexpliquée. L'aliment artificiel enfourné dans le circuit digestif va suivre le parcours, comme les molécules pharmaceutiques injectées dans le sang, avec plus ou moins de bonheur. L'organisme va y survivre, mais contrairement aux croyances des fabricants, les résultats sont aléatoires, bien que reproductibles.

Si "aberrant" est plus abstrait que MNO (molécule non originelle), c'est aussi moins risqué ! Bertrand "SRPA" fournit quant à lui une preuve de l'inopportunité de la salade assaisonnée par analogie : "Il est facile d'imaginer que le fonctionnement même du SRPA soit grandement perturbé par les molécules issues de la cuisson, au même titre que le sont les autres fonctions de l'organisme."


GCB : "Si la régulation alimentaire était acquise par apprentissage, on devrait obtenir avec du lait cru une bonne régulation alimentaire."

A part vous dire que jamais on a vu un ado ou un adulte boire du lait au sein d'une femme, je ne peux vous parler du test de lait cru de vache dans le chef d'un instincto !


GCB : "Les bébés nés de mères qui pratiquent l'alimentation cuite sont tout de suite capables de régulation précise avec des aliments originels que leurs mères n'ont jamais consommés."

Le bébé qui teste la viande avant même la première tétée peut abonder dans le sens du SRPA qui avance que tout est d'abord testé.


GCB : "Avec le durian, contrairement à ce qu'aurait constaté l'auteur du texte cité, les bébés de mères qui n'en ont jamais consommé sont souvent attirés par son odeur avant de l'avoir jamais goûté, au point de se mettre à pleurer dans leur berceau jusqu'à ce qu'on leur en apporte (et ne s'arrêtent pas de pleurer si on leur apporte alors d'autres aliments)"

L'approche du durian par un culivore qui se met à l'instincto est forcément différente de celle d'un nourrisson. Attention, l'existence d'un SRPA n'exclut pas l'éventuelle existence de l'instinct alimentaire pour les aliments du berceau de l'humanité dans lequel on est quand même resté 4 millions d'années. Il y aurait une limite imperceptible entre un réflexe instinctif et un réflexe acquis.


GCB : "Le meilleur critère est celui de la tendance inflammatoire (...) qui se normalise en environ trois jours d'instincto."

Je suppose que la tendance inflammatoire se normalise en environ trois jours, que l'instincto soit pré ou post programmée.

La tendance inflammatoire est un de vos baromètres favoris. Je ne mets pas en doute vos outils d'expertise. Je trouve bizarre que les symptômes (rougeurs, oedèmes, tumeurs) se réveillent en quelques heures. Comme si la maladie était toute proche. Mais c'est un autre débat.


GCB : "J'ai parfois l'impression que l'hypothèse de la programmation génétique dérange, peut-être parce que la complexité des mécanismes biologiques et de leur régulation semble dépasser les possibilités de 30.000 gènes. Il est d'ailleurs possible que des mécanismes plus complexes soient à l’œuvre."

La question d'une pré ou d'une post programmation est importante pour savoir comment mettre en route ces automatismes.

Parlant d'instinct, en tout cas l'instinct des instincts (l'instinct de survie), s'il y a une part physique (génétique), je suis quasi sûr qu'il y a aussi une part non physique, sacrée, appelée âme. Si au 21ème siècle, cette dimension reste artificiellement confinée au domaine occulte, je crains que le débat ne soit qu'inerto-inepte. La dimension méta physique étant indicible, elle n'entre pas dans les débats sous forme de mots.

Bien courtoisement.
Journalisée
Serge Falmagne
Newbie
*

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 8


Voir le profil
« Répondre #6 le: 19 Octobre 2012, 21:11:34 »

Réponse de Belpois :

Dans le cas de la viande comme du durian, vous mélangez encore tout - vous semblez même changer veste plus vite qu'un prestiditateur.

On ne parle pas de la réaction future du bébé à la viande, mais de sa réaction immédiate : il la recrache, ou la mastique avec plaisir ? Manger par souvenir des aliments qui ne se prête à un arrêt net et vous vous déconditionnerez aisément, ainsi que devraient apprendre à le faire tous les bébés au contact d'une nourriture vraie. Le bébé apprendra le peu de confiance qu'il y a accorder à ses souvenirs plaisants en terme de prévision.

L'argument de Jacques est au contraire très pertinent, puisqu'il montre en quoi l'adaptation interne a des limites indubitables même pour les plus grands sceptiques.

Il faudrait que vous cessiez de confondre l'instinct avec une espèce de carte des menus gravés en dur, qui pousserait vers le bon aliment comme vers la femme de vos rêves ou je ne sais quoi ...

Comprenez que dans la pratique, les fantasmes alimentaires si ils existent ont une place extrêmement limités.

Avoir "envie" d'un aliment via un fantasme est le plus souvent trompeur, et dans de bonnes conditions si vous vous donniez un peu de mal pour les observer avant de parler de ce que vous reconnaissez pourtant ne pas connaître, vous comprendriez très vite pourquoi.

Votre mot sur la tendance inflammatoire n'a aucun sens. Que les symptômes reviennent signifient que les voies par lequelles l'organisme manifestait son désordre, redeviennent pratiquées ...

Je ne vois pas ce que vous dénoncez dans ce lemme : "A part vous dire que jamais on a vu un ado ou un adulte boire du lait au sein d'une femme, je ne peux vous parler du test de lait cru de vache dans le chef d'un instincto !"

Tout bonnement parce que très jeune l'appel cesse très jeune et définitivement pour le lait de leur mère chez les enfants normaux, chez toutes les espèces de mammifères.

Arrêter, pour l'amour des aliments tropicaux, de remettre sur le tapis des choses qui ont été dites et redites un grand nombre de fois.

Votre phrase : "Parlant d'instinct, en tout cas l'instinct des instincts (l'instinct de survie), s'il y a une part physique (génétique), je suis quasi sûr qu'il y a aussi une part non physique, sacrée, appelée âme."

Ceci enfin n'a pas sa place ici mais dans le forum méta.

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Dites-moi Guy-Claude, avez-vous mis en ligne les courts textes suivants :
- Conjectures sur l'ordinateur instinctif
- Un modèle cybernétique
- Incidence du goût pour - Feedback de secours
- L'erreur culinaire
- etc...?

*******
Réponse de Belpois :

Ces textes ont été mis en ligne ensemble par André Paillet en 1997.

Guy Claude me dit qu'il ne s'y est pas opposé,
c'est même grâce à cela que ces textes n'ont pas été perdus comme beaucoup d'autres.

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Je les ai tous et plus, une caisse d'écrits de GC que j'avais photocopiés à Montramé Clin d'oeil Je crois même que c'est moi qui les avaient digitalisés et offerts à André Paillet...

*******
Réponse de Serge Falmagne :

Bonjour Belpois.

A te lire, on croirait que pour moi l'instinct alimentaire consiste à choisir ses aliments mentalement sans les tester par l'odeur ou le goûter-cracher. Si c'est cela, j'espère que tu te rends compte comment tu me prends pour un néophyte en matière d'instincto ?

Belpois : Je ne vois pas ce que vous dénoncez dans ce lemme : "A part vous dire que jamais on a vu un ado ou un adulte boire du lait au sein d'une femme, je ne peux vous parler du test de lait cru de vache dans le chef d'un instincto !"

Je voulais dire que Guy-Claude repartait avec un aliment aberrant pour aller contre la thèse de la programmation post natale de l'instinct alimentaire. La thèse du SRPA se conçoit implicitement dans le cadre des aliments naturels.

L'Aliment Aberrant est un concept qu'il y a intérêt à intégrer parfaitement. Voir mon fil Les Aliments Aberrants (fil dédié à Serge Falmagne) http://instinctotherapie.ning.com/forum/topics/les-aliments-aberrants-fil

Voici une petite expérience qui en dit long sur l'instinct alimentaire et les aliments aberrants. J'ai un chat. Il n'avait plus mangé depuis 24 heures. Je lui donne de la viande crue industrielle décongelée depuis 24 heures. Elle ne lui plaît pas et il ne mange rien. D'habitude, quand elle n'a pas traîné 24 heures après la décongélation, il la mange. Je ne lui donne rien d'autre et on repart pour 24 heures. Après 48 heures, j'espère que la faim va le convaincre à me manger cela. Il hésite, on dirait qu'il va s'y mettre, et puis non, il préfère ne rien manger. Il me vient l'idée de couper une bouchée de cette viande crue et de la passer 44 secondes au micro-onde. Je me dis "Maintenant la viande est dénaturée, son instinct alimentaire ne va plus fonctionner, il va donner dans le panneau et manger cet aliment aberrant." C'est pile ce qu'il a fait. Mon bon chat s'est assis sur son train arrière comme il fait quand il aime ce qu'il mange. J'ai ensuite passé le reste du morceau de viande crue 44 secondes au micro-onde, et tout mon investissement pécuniaire y est passé, il a tout mangé l'aliment aberrant. Après, il me regardait avec ses grands yeux ronds, sans rien comprendre de ce qui venait de lui arriver.

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Bonjour Serge,

Bertrand nous propose une hypothèse : "De même que le système immunitaire est doté d'une mémoire, on peut imaginer que le SRPA en dispose également. Lorsqu'un individu a été confronté un jour à une diminution du calcium ou potassium et que suite à l'absorption d'un aliment, le taux a évolué vers un retour à l'équilibre, le SRPA a pu faire le lien entre le rétablissement du taux de calcium ou potassium et cet aliment. Lorsque la diminution survient à nouveau, le SRPA réagit en rendant cet aliment attirant, son odeur devient agréable et forte, entre autres."

Ce système homéostatique, dont la fonction est de réguler l'ensemble des paramètres physico-chimiques de l'organisme qui doivent rester relativement constants (glycémie, température, taux de minéraux dans le sang, etc.), fonctionne tout de même avec tous les aliments, dénaturés ou pas, sinon nous ne serions pas ici pour en parler. Cette mémoire SRPA pourrait venir expliquer, en partie et d’une autre façon, l’attachement aux habitudes culturelles alimentaires, mais démontre bien que la thèse du SRPA ne se conçoit pas strictement dans le cadre des aliments naturels.

D’autre part, pour que votre exemple de chat soit concluant, il faudrait d’une part lui fournir une alternative non-dénaturée et d’autre part, nous garantir qu’un engramme à la viande cuite n’a pas été gravé au préalable.

Cependant, une fois gravé, comment pensez-vous pouvoir corriger cet engramme ? C’est justement là, à mon avis, que toute tergiversation s’arrête et que la reprise de service de l’appareillage instinctif reprend tout son sens…

Il y aura encore beaucoup de recherche et de débats au sujet de ces questions épigénétiques. Pendant ce temps, l'expérience instinctive suit son cours...

*******
Réponse de Serge Falmagne :

Bonjour Jacques,

Mon chat n'a mangé que du cru depuis sa 6ème semaine et pendant 6 mois. Les 6 mois suivants, il a reçu tantôt du cru payant tantôt de la charcuterie cuite gratuite. Il n'est pas sous l'engramme à la viande cuite car il continue à raffoler du cru.
J'ai eu en gardiennage un chat qui n'a jamais mangé que des croquettes. Je lui ai donné des coeurs de poulet crus en même temps que ses croquettes et il n'a pas touché aux coeurs. Si je me souviens bien, je lui ai donné un jour suivant du cru uniquement et il n'a rien mangé.

Le système homéostatique et le SRPA sont distincts. L'homéostatique fonctionne lorsque les produits de la digestion arrivent dans le sang et sans qu'il connaisse ou ne doive connaître l'origine de ces produits. Le SRPA agirait avant ou après l'homéostatique, càd au moment du repas. Tu ramènes le SRPA à un simple mécanisme de conditionnement de type pavlovien. Le SRPA de Gérard est lié aux phénomènes alliesthésiques dont parle Burger, hors on sait que ces phénomènes n'ont pas cours avec les aliments cuisinés.

Nous sommes animés par le désir d'atteindre la vérité, et sans perdre notre temps dans une polémique stérile. Tout ce que je pourrais dire de plus sur le SRPA ne serait que le fruit de mon imagination. J'ai trop peu d'éléments pour produire sur le SRPA une imagination fertile. Je vais demander à Gérard sur le site de Paléocru s'il veut bien amener ses lumières dans ce fil.

*******
Réponse de Jacques Laurin :

Je n'ai fait que reprendre le contexte dans lequel le SRPA a été énoncé par Bertrand : " Plutôt que de parler "d'instinct alimentaire" il faudrait parler de système de régulation de la prise alimentaire (SRPA), système qui ferait partie intégrante du système homéostatique de Claude Bernard." , d'où mon analyse...

Sincèrement, je suis ici plus intéressé par le métalanguage qu'autre chose... Je n'ai pas les connaissances de Gérard, que ma propre et profonde expérience instinctive... mais j'ai également une bonne capacité de voir derrière les apparences et les représentations...

*******
Réponse de Guy-Claude Burger :

Serge Falmagne a écrit : "J'ai trop peu d'éléments pour produire sur le SRPA une imagination fertile."

Je crois inopportun de lancer des discussions, surtout sur un mode affirmatif, autour d'un sujet qu'on ne connaît pas suffisamment. Cela risque justement de finir dans des imaginations trop fertiles...

Vous écrivez : "Le système homéostatique et le SRPA sont distincts."

Il est pourtant évident que les mécanismes alliesthésiques contribuent à la régulation homéostatique. Si je me trompe, veuillez donner une définition claire et distincte (comme disait Descartes) du SRPA et du système homéostatique.

Votre expérience sur le chat et la viande passée au micro-ondes démontre simplement que l'aliment dénaturé par la chaleur n'est plus reconnu correctement par l'instinct, et conduit le chat à consommer des rations excessives. Ce que j'ai expérimenté maintes fois avec divers animaux, et coule de source lorsqu'on pratique l'instincto.

*******
Réponse de Serge Falmagne :

Guy-Claude,

Pour l'imagination trop fertile, l'interaction SRPA-homéostasie et mon expérience féline, vous dites vert chou alors que j'avais dis chou vert ! Comme vous êtes trop intelligent pour lire qui que ce soit avec a priori (et donc de travers), j'en conclus que vous vouliez juste me souhaiter un bon mercredi. C'est avec plaisir que je vous souhaite à mon tour autant de bonheur pour les prochaines 24 heures ! Bien que vous ayez moins besoin que moi d'encouragements dans votre bonheur cru que moi dans mon "bonheur" mi-cru.

Merci d'avoir lu pour moi Lorenz et Tinberghen. Je vous fais confiance, je ne vais pas aller vérifier. Si vous n'essayez pas de me bluffer, l'inné et l'acquis se tendent la main. J'ai lu votre post une dizaine de fois. Il y aurait une filiation génétique > inné > acquis. (Avec un peu d'imagination, on ne voit pas comment ces trois pourraient ne pas être liés.) L'acquis comme capacité d'apprendre en fonction de l'inné n'est-il pas le SRPA qu'aurait détecté Bertrand ?
Concernant les accointances entre l'instinct alimentaire et les aliments artificiels, il faut juste savoir où on met les pieds. Si on choisit les aliments naturels, on parle d'instinct alimentaire et on se délecte d'observations naturelles les plus merveilleuses les unes que les autres. Si on choisit les aliments non naturels, on parle de culture (bien à priori), assez vite de conditionnement (déjà moins marrant) et finalement d'addiction (Je me sens mieux après quelques temps sans blé ni cuit, mais je retourne tôt ou tard à mes vilaines habitudes). Pour choisir où mettre les pieds, il faut voir la frontière. Pour la voir, il faut définir par le menu ces deux pays. Le pays des aliments non naturels est en fait un paradis artificiel, le paradis des aliments aberrants. Les aliments aberrants sont un plaisir impossible.

Concernant vos observations de la tendance inflammatoire et des symptômes (rougeurs, oedèmes, tumeurs) qui se réveillent en quelques heures, je suppose que vous ne parliez pas de vous-même, mais de personnes qui alternent continuellement alimentation instinctive et exceptions ?

Courtoisement.

*******
Réponse de LEMOEL YANN :

Merci à vous tous, pour vos échanges humoristiques, presque caustiques! Ça enrobe joyeusement vos arguments aussi intéressants qu'ardus.
Journalisée
François
Administrator
Full Member
*****

Karma: 0
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme
Messages: 191



Voir le profil
« Répondre #7 le: 10 Décembre 2012, 13:03:26 »

Intéressante discussion !

Si l'instinct alimentaire était gouverné par nos gènes, il faudrait que ceux-ci mémorisent et transmettent de l'information concernant des millions d'espèces animales et végétales, les comestibles et les autres, puisqu'il est important et même primordial que l'on puisse éviter les espèces toxiques.

Pour chaque espèce, il faudrait mémoriser sa composition en minéraux, vitamines, acides gras essentiels, acides aminés, toxines et j'en passe, mémoriser les composés qui entrent dans sa signature olfactive, et ceci en plusieurs exemplaires pour une même espèce. En effet la tige, les feuilles, la racine, la fleur, le fruit n'ont pas la même composition ni la même odeur, et celles-ci varient en plus en fonction de la maturité. Un fruit comme l'akee par exemple, est toxique quand il n'est pas mûr.

Pour les aliments d'origine animale, c'est chaque organe mangeable séparément qu'il faut caractériser. On arrive à un ordre de grandeur d'informations quantifiées qui dépasse le milliard, et cette masse d'information devrait être transmise chez les individus de notre espèce par nos quelque malheureux 30 000 gènes, lesquels en plus ont encore bien d'autres informations à transmettre ?
Et chaque végétal ou animal individuel est différent des autres. Un carotte peut être bonne et une autre mauvaise, une mangue peu être verte et acide ou au contraire mûre, ou surmaturée, ou encore pourrie, ceci avec une continuité infinie d’états intermédiaires.

C’est pour cela que j’ai toujours eu l’impression que notre instinct alimentaire ne fonctionne pas uniquement (ou peut-être pas du tout), en fonction de l’espèce d’aliment potentiel, mais aussi et surtout en fonction des substances particulières que contient cet aliment. Par exemple,  à l’odorat et au goût, un œnologue reconnaît dans un vin la présence d’acide acétique, d’acide lactique, d’alcool, de tannins, de sucres résiduels, etc. Donc notre instinct alimentaire peut analyser la composition d’un aliment. Mais l’expérience montre que pour qu’il fonctionne de façon suffisamment précise, il faut que l’aliment soit le moins transformé possible.

Il y a interaction entre l’animal et tout objet qui pourrait potentiellement être un aliment. Une analogie pourrait se faire avec le transpondeur des avions http://fr.wikipedia.org/wiki/Transpondeur_%28aviation%29. Si l’aliment est broyé, mélangé, chauffé, les signaux qui sont captés en retour sont dégradés. Par exemple dans un jus de carottes, il y a l’ensemble des caractéristiques des toutes les carottes qui l’ont constitué, les bonnes comme les mauvaises, et il est évidemment impossible de les séparer.    

Citation
En fait, d'une manière générale j'ai remarqué chez mes trois enfants, tous nés instinctos, qu'ils portaient systématiquement à la bouche tout ce qui leur tombait sous la main. A la plage, c'est des poignées de sable qu'ils ont absorbées. Pas longtemps. Juste le temps pour leur SRPA de mémoriser que le sable n'a aucun intérêt alimentaire.

J'ai observé également que les petits chiots et les petits chatons mordillaient systématiquement tout ce qui était à leur portée, le temps pour leur SRPA de construire la mémoire de ce qui est comestible.
Oui, sauf qu’ils ne vont pas mordre dans quelque chose qui sent mauvais pour eux, j’imagine.

Citation
Je me suis aussi longtemps demandé pourquoi le durian sentait aussi mauvais avant que j'en eut mangé pour la première fois. Si je m'étais trouvé seul dans une forêt avec des durians, jamais je n'aurais été attiré par quelque chose qui dégage une odeur aussi détestable. La première fois je n'ai pu en avaler qu'un bouchée, je l'ai trouvé très écœurant. Progressivement j'ai pu augmenter les quantités.
Réaction personnelle ! Pour moi l’odeur du durian m’a toujours attiré, même quand je mangeais cuisiné.

Citation
En ce qui concerne la transformation des aliments, on comprend facilement que le mélange est toujours à éviter. Plus le nombre de nutriments différents dans un aliment est important, moins le SRPA pourra sélectionner finement ceux dont l'organisme a besoin. En revanche si je voyais quelqu'un se régaler avec de l'huile d'olive pure, je n'aurais aucune objection à lui opposer.
Sauf que la pression, même dite « à froid », peut faire monter excessivement la température et il est douteux que l’arrêt instinctif fonctionne encore assez précisément avec des aliments transformés mécaniquement, même sans avoir chauffé.

Citation
Une autre conséquence sur la pratique instincto concerne l'introduction de nouveaux aliments comme le poisson ou la viande crue sur lesquels "bloquent" fréquemment les débutants. En se contentant de sentir un nouvel aliment, on ne permet pas au SRPA de faire la connexion entre l'odeur de cet aliment et ses qualités nutritives. Il conviendrait plutôt d'ingérer le nouvel aliment en petite quantité (…).
Au moins goûter, certes. En commençant l’instincto avec des personnes expérimentées, ça devrait être une conséquence automatique.

Bien cordialement,
François
Journalisée
Pages: [1]
  Imprimer  
 
Aller à:  

Propulsé par MySQL Propulsé par PHP Powered by SMF 1.1.21 | SMF © 2006-2009, Simple Machines XHTML 1.0 Transitionnel valide ! CSS valide !